L  E     S  I  T  E     D  E    S  T  É  P  H  A  N  E     H  O  Ë  L     C  L  O  C  H  E  Y
L'adn :
Origines
La matière grise :
Études
Le nez :
Senteurs
La main :
Savoir-faire
La langue :
Goûts et échanges
L'oreille :
Musiques et sons
L'œil :
Plaisirs visuels
L ' œ i l   :   P l a i s i r s   v i s u e l s

@ ©
®

 
 

Les « organes voyeurs » - les yeux - sont impliqués (c’est une évidence) dans la plupart des occupations humaines. Ce chapitre est donc particulièrement touffu : je vais parler à la fois des purs plaisirs des yeux (les arts : tableaux et même sculptures – parce qu’en général on ne touche pas une sculpture, bien qu’il le faudrait, l'architecture), mais aussi de ces plaisirs où d’autres sens sont mêlés quoiqu'à un degré moindre : les voy-ages (!), le théâtre, le cinéma et la lecture.

-

Les miroirs
de l'âme

 

Bien que ce soit davantage le déchiffrement opéré par le cerveau qui nous permet d’accéder au plaisir de la lecture, je vais cependant commencer par évoquer les principaux ouvrages que j’ai le plus aimés, du moins jusqu’à ce jour.

  La lecture
 

C’est par ma grand-mère, Lydie Rébert, que j’ai eu mes premières joies liées à la lecture.

Elle nous lisait, à moi et à ma sœur, des contes (de Perrault, entre autres) dans de beaux livres, qui, par avance, rendaient précieux le récit que pouvait en tirer la lectrice : ils étaient reliés de cuir et tout dorés sur leur tranche.

  Charles Perrault
Contes
de ma mère
l'Oye
 

À l’époque, je ne déchiffrais encore qu’avec peine les signes dont ils étaient couverts, surtout que l’édition en avait adopté des formes étranges, en cours au XVIIe siècle, mais j’étais enchanté par leur beauté et par celle des gravures qui les accompagnaient.

Sans doute, ce premier contact notable avec la lecture a beaucoup joué pour me faire aimer les livres par la suite.

  Les éditions
Jean de Bonnot
 

Vers mes dix ans, j’ai chipé à mon père – pour ne jamais lui rendre – le Guide mythologique de la Grèce et de Rome de Georges Hacquard.

Ce petit dictionnaire sur la mythologie m’a passionné et a provoqué un fort engouement pour la Grèce.

  Georges Hacquard
Guide
mythologique
de la Grèce
et de Rome
Hachette
 

Je crois que, ce qui m’a plu dès l’abord, c’est la liberté qui s’exprime dans toutes les histoires des dieux et des héros grecs.

Celles-ci montrent également une fantaisie extraordinaire qui m’a poussé à en connaître davantage sur la culture hellénique.

Ce livre a été en quelque sorte mon premier pas vers la Grèce.

  Les dieux
et leurs fantaisies
 

Comme beaucoup d’adolescents, j’ai beaucoup aimé le roman d’Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes.

Après bien des années, je me souviens d’avoir lu avec extrêmement de plaisir les pages qui décrivent la fête champêtre autour d’un château.

  Alain-Fournier
Le Grand Meaulnes
Hatier
 

J’y retrouvais les impressions que j’avais eues lors d’un mariage d’amis de ma famille, François Banet et Sylvie Camus : la joie était très forte et presque magique autour de moi et pourtant je me sentais comme étranger au milieu des autres.

Le roman décrit aussi un amour malheureux entre le héros et une jeune fille. Peut-être me reconnaissais-je dans cette fin apparemment désespérante.

  La famille Banet
 

À Strasbourg, lors du début de mes études de lettres, j’ai lu un peu par hasard l’ouvrage Dandies – Baudelaire et Cie de Roger Kempf. Même si moi-même je ne l'ai jamais été, j’ai été fasciné par la description de la personnalité du dandy.

Il n’est pas nécessaire d’en dire beaucoup. Sur la quatrième de couverture, on peut lire tout ce que j’aime.

 

Roger Kempf
Dandies
Baudelaire et Cie

Seuil

À lire :
4e de couverture

 

À la même époque, j’ai découvert l’histoire de Venise au travers du livre de Philippe Braunstein. Sans connaître à ce moment-là cette ville, je me suis perdu dans les jeux de trompe-l’œil de Venise : grâce à l’eau omniprésente, à son architecture et surtout à son carnaval qui durait plus de six mois chaque année et permettait toutes les libertés, elle parvenait à y attirer les personnalités les plus importantes d’Europe, mais aussi à influencer profondément de nombreux artistes : peintres, écrivains, musiciens.

 

Philippe Braunstein
Venise
Portrait historique
d'une cité

Seuil

À lire :
Extrait

 

À peine arrivé à Paris en 1992, j’ai commencé la lecture de la Recherche du temps perdu de Proust. Après avoir lu le livre Du Côté de chez Swann, j’ai aussi acquis le même ouvrage lu par André Dussolier et je m’endormais à Paris en me laissant bercer par Proust. Mais l’entreprise de lire toute la Recherche m’a pris plusieurs années car d’autres lectures se sont mêlées au milieu de ce parcours proustien. J’ai lu le Temps retrouvé, le dernier tome, après mon arrivée en Grèce en 1995.

 

Marcel Proust
À l'ombre
des jeunes filles
en fleurs

À lire :
1 - 2 - 3 - 4 - 5

 

La lecture de Proust a été une véritable illumination pour moi. J’ai été littéralement charmé par son style : je me suis délecté de ses amples phrases où surgissent des digressions incessantes, à la manière des idées ou des souvenirs dans le cours d’une pensée. J’ai aussi été captivé par plusieurs thèmes de l’œuvre de Proust. Je me suis retrouvé dans son attachement à la mère ou à la grand-mère. J’ai aussi beaucoup aimé son regard sur la société en général.

  Le style de Proust
 

Ses analyses de la sexualité et des sentiments amoureux m’ont aussi très souvent paru justes. J'ai apprécié également cette présence du passé dans le présent que développe en plusieurs points l’œuvre de Proust.

Ses opinions sur la littérature et sur la place de l’écrivain par rapport à son œuvre m’ont semblé singulièrement modernes.

  Analyse
des s
entiments
chez Proust
 

Après avoir lu Proust, j’ai cru que j’étais arrivé au summum et que difficilement je pourrais trouver une autre œuvre qui me plût, sinon davantage (à ce jour, je n’en ai pas encore trouvé), du moins tout autant.

Or, en lisant le Rivage des Syrtes de Julien Gracq, j’ai été particulièrement surpris par son écriture et par l’univers de rêve qu’il met en place dans son œuvre.

 

Julien Gracq
Le Rivage
des Syrtes
José Corti

 

Il ne se passe quasiment rien durant tout ce roman où le héros se trouve dans l’attente d’un événement.

Posté à la frontière de son pays, il contemple l’immensité maritime où se cache l’ennemi de sa patrie. Face à l’inconnu que recèle ce monde interdit, le héros est tenté de transgresser la limite qui l’en sépare et d’aller voir au-delà. C’est ce qui provoquera les seuls véritables événements du roman : trois coups de canon.

  Un monde inconnu
à découvrir
 

J’ai aussi envie de souligner ici combien l’édition chez José Corti ajoute au plaisir de la lecture.

L’œuvre est imprimée dans un très agréable format, presque carré, que l’on tient bien en main, avec une police de caractère qui permet au lecteur de dévorer le livre…

  Éditions
José Corti
 

La poésie de Frederico Garcia Lorca, quant à elle, m’a accompagné à une époque de transition de ma vie.

Alors que le corps flanchait sérieusement, j’ai pu m’évader dans les sonorités lumineuses de ces poèmes et y trouver un peu d’espoir.

 

Frederico
Garcia Lorca
Poésie
Gallimard

À lire :
Amor

 

Il m’arrive aussi de faire des incursions hors du champ de la littérature.

J’ai ainsi lu une œuvre anthopologique de Françoise Héritier : Les Deux Sœurs et leur mère. Elle est consacrée principalement au problème de l’inceste dans différentes cultures du monde. J’ai trouvé véritablement passionnante son analyse de ce qu’elle appelle l’« inceste de deuxième type » : elle y montre que c’est à ce niveau-là que s’articulent toute sexualité et toute identité sexuelle.

 

Françoise Héritier
Les Deux Sœurs
et leur mère

Odile Jacob

À lire :
4e de couverture

 

Sur les mêmes thèmes de l’identique et du différent, j’ai lu le roman de Michel Tournier, Les Météores, où sont présentés « deux jumeaux, Jean et Paul, [qui] forment un couple fraternel si uni qu’on l’appelle Jean-Paul. Mais Jean veut briser cette chaîne et essaie de se marier. Paul fait échouer ce projet. Désespéré, Jean part seul en voyage de noces à Venise. Paul se lance à sa poursuite et accomplit un long voyage initiatique » (4e de couverture). J’ai beaucoup aimé, dans ce livre, la verdeur avec laquelle le romancier décrit ses héros.

  Michel Tournier
Les Météores

Gallimard
 

J’ai ensuite complété mes connaissances sur les jumeaux avec la lecture du Paradoxe des jumeaux du psychologue René Zazzo. Cet ouvrage, qui avait justement servi à Michel Tournier pour écrire son roman, est très intéressant, car, au-travers du paradoxe des jumeaux (« Les vrais jumeaux, semblables au point qu’on les confond, ne se ressemblent guère plus « psychologiquement » que des frères ordinaires »), il montre comment se construit la personnalité de chacun, jumeau ou non.

  René Zazzo
Le Paradoxe
des jumeaux

Stock
Laurence Pernoud
 

Une auteure qui m’a également plu dès les premières pages, c’est Nathalie Sarraute. J’ai lu plusieurs livres d’elle, mais je citerai son plus connu, Le Planétarium.

Dans ce roman, elle décortique la psychologie des différents membres d’une même famille, au travers de monologues intérieurs où l’écrivaine, grâce à de petites touches successives, fait souvent affleurer une ironie légère.

 

Nathalie Sarraute
Le Planétarium
Gallimard

À lire :
1re page

 

J’ai découvert à la bibliothèque universitaire de Montpellier l’autobiographie de Julien Green (Partir avant le jour – Mille chemins ouverts – Terre lointaine – Jeunesse). Alors que je me trouvais au milieu de mes examens, je me suis mis à la lire avec avidité, tout enfiévré, à la bibliothèque et l’ai terminée en quelques jours, malgré son volume. Avec grand étonnement mais aussi beaucoup de joie, j’y retrouvais exprimés les désirs naissants que je ressentais en moi-même à cette époque, mais aussi les hésitations qui m'habitaient.

  Julien Green
Œuvres complètes
Pléiade
 

Après cette autobiographie, j’ai lu les Mémoires d’Hadrien, imaginées par Marguerite Yourcenar. J’ai énormément aimé cette reconstitution très vivante de l’esprit de cette époque, où « les dieux n'étant plus, et le Christ n'étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc Aurèle, un moment unique où l'homme seul a été » (Correspondance de Flaubert, cité sur la quatrième de couverture). C’est donc le discours de liberté qui m’a particulièrement intéressé dans ce livre.

  Marguerite
Yourcenar
Mémoires d'Hadrien
Gallimard
 

Sur la mort des dieux et de Dieu, j’ai lu également l’essai Adieu, qui a été un livre particulièrement ardu.

L’auteur soutient qu’après la mort de Dieu dans nos civilisations, l’homme doit encore se débarrasser de son ombre, pour être pleinement libre. Cette pensée m’a profondément marqué.

  Jean-Christophe
Bailly
Adieu
Éditions de l’aube
 

La lecture de La Disparition de Georges Perec a été pour moi une véritable jubilation. Pourquoi donc ?, me demanderez-vous.

Mais « trahir qui disparut dans La Disparition, ravirait au lisant subtil tout plaisir. Motus donc, sur l’inconnu noyau manquant - "un rond par tout à fait clos finissant par un trait horizontal" ».

  Georges Perec
La Disparition
Gallimard
 

Juste après être arrivé en Grèce, j’ai lu La Langue maternelle de Vassilis Alexakis. Le fil narrateur répond curieusement à celui du roman de Perec. Le narrateur est en effet à la recherche de la signification de la lettre E, l’epsilon. Cette quête qui passe par une recherche de mots en E, notamment épistrofi (retour), éos (aube), élefthéria (liberté), enthousiasmos, ellinikos (hellénique) conduit le narrateur à s’interroger sur sa propre identité. J’ai été bouleversé par les dernières pages, où l’auteur s’épanche enfin sur la mort de sa mère…

  Vassilis Alexakis
La Langue
maternelle
Fayard
 

C’est en français que j’ai d’abord découvert la poésie de Constantin Cavafy (Konstantinos Kavafis).

Par la suite, j’ai pu la lire en grec directement. J’ai beaucoup aimé le sensualisme qui parcourt un grand nombre de ses poèmes. Le cosmopolitisme de ses poèmes historiques m’a aussi beaucoup intéressé.

 

Constantin Cavafy
Poèmes
Gallimard

À lire :
1 - 2 - 3
4 - 5 - 6 - 7

 

Dans les romans de Michel Tremblay, j’ai découvert une langue savoureuse, pimentée de québécismes populaires.

Le Cœur découvert, notamment, m’a énormément plu par ses nombreux portraits de personnages, peints avec beaucoup de vivacité, mais aussi d’humour.

  Michel Tremblay
Le Cœur
découvert
Babel
 

L’épopée de Digénis Akritis (ou Akritas) m’a transporté dans le monde lointain des frontières de l’empire byzantin où le héros éponyme accomplit les exploits les plus extraordinaires. Mais ce qui m’a charmé le plus, c’est l’avant-dernier chant (VII) où est décrite la retraite du héros : après tant de prouesses, Digénis Akritis cherche le repos et se trouve un gîte au bord de l’Euphrate. La description de ce véritable Éden est magnifique.

  Digénis Akritas
Trad. C. Jouanno
Brepols
 

Dans La Caisse d’Aris Alexandrou, j’ai retrouvé avec plaisir l’ampleur des phrases de Proust, mais aussi les tours populaires de Céline.

Ce roman où l’absurde vient insidieusement et irrémédiablement envahir le récit, doit être rangé parmi les meilleures œuvres de la période contemporaine.

  Aris Alexandrou
La Caisse
Le Passeur
 

Théâtre : je l’aime beaucoup et j’ai eu différentes occasions, à Strasbourg, à Paris ou en Grèce, d’apprécier des représentations. Mais, les premiers contacts que j’ai eu avec le théâtre ont eu lieu par le biais de la télévision ou de la lecture.

Adolescent, je voyais à la télévision chaque samedi une pièce de Shakespeare. La mise en scène de la Royal Shakespeare Company m’a vraiment fait aimer le théâtre, mais aussi l’expressivité distinguée de la langue anglaise.

  Le théâtre

Royal Shakespeare
Company
 

C’est aussi à la télévision que j’ai vu pour la première fois l’Aigle à deux têtes de Cocteau. Il s’agissait même d’un film en italien, mais c’est lui qui m’a fait aimé cette pièce.

J’ai bien sûr vu plus tard à Paris le film de Cocteau lui-même. Le tragique et le romantisme de cette pièce m’a fortement marqué.

  Jean Cocteau
L'Aigle
à deux têtes
 

À peu près à la même époque, lorsque j’étais au lycée, j’ai lu tout Racine, me délectant de cette langue merveilleuse.

Depuis lors, j’ai pu voir différentes représentations de ses pièces.

Mais c’est surtout Phèdre qui m’a le plus séduit.

 

Jean Racine
Phèdre

À lire :
Acte II sc. 5

 

En 1993, au Théâtre de la Bastille à Paris, j’ai pu voir une représentation assez particulière de Phèdre.

L’interprétation de tous les rôles – Phèdre, Hippolyte, Thésée, etc. – était effectuée par une seule et même actrice, Claude Degliame. Son jeu, très dépouillé, mettait admirablement en valeur le texte de Racine.

  Théâtre
de la Bastille

Paris
Claude Degliame
dans Phèdre
 

Étudiant dans la capitale alsacienne, j’ai eu la possibilité de voir régulièrement des pièces jouées par le Théâtre national de Strasbourg.

Les représentations qu'on y donnait m’ont chaque fois énormément enthousiasmé.

  TNS
Strasbourg
 

Je me rappelle en particulier la Veuve, une comédie de Corneille. Une des scènes montrait la « méchante » de la pièce savourer par avance la réussite du stratagème qu’elle voulait mettre en œuvre. Après sa tirade, la « méchante » s’est mise à rire d’un rire diabolique et interminable. Mais l’actrice était si convaincante que petit à petit tous les spectateurs ont été pris d’un fou rire : à la fin, toute la salle riait avec elle ! Et moi avec.

  Pierre Corneille
La Veuve

au TNS
 

Du théâtre du XXe siècle, j’ai aimé plusieurs pièces de Montherlant (La Reine morte, en particulier).

J’ai également vu à la télévision le Dialogue des carmélites de Bernanos. enregistré au Théâtre de la Porte-Saint-Martin à Paris. Je me rappelle en particulier le jeu dur et même « cassant » de Geneviève Casile dans le rôle de Mère Marie de l’Incarnation.

  H. de Montherlant
La Reine Morte

Georges Bernanos
Dialogue
des carmélites
avec
Geneviève Casile
 

A Paris, je me suis enthousiasmé pour les représentations de Théâtre du Soleil qui, durant cette période, donnait Les Atrides, un cycle de quatre pièces : Iphigénie à Aulis d’Euripide, Agamemnon, les Choéphores et les Euménides d’Eschyle.

La mise en scène était sublime, les costumes et les danses extraordinaires, les textes émouvants aux larmes.

  Les Atrides
Mise en scène d'Ariane Mnouchkine
au Théâtre
du Soleil

Paris
 

A Thessalonique, j’ai vu en 1997 une représentation en plein air d’Antigone de Sophocle, par une troupe française.

Particularité : la pièce était jouée en langue des signes, avec l’excellente actrice Emmanuelle Laborit. Le jeu des acteurs y était extrêmement expressif et vraiment fascinant.

  Sophocle
Antigone
avec
Emmanuelle
Laborit
au Théâtre
Néas Elvétias
Thessalonique
 

Lors d’un voyage en France en 2000, j’ai vu, à la Comédie française à Paris, les Femmes savantes.

J'ai encore à l'esprit certaines répliques savoureuses, qui m’ont bien fait rire (cf. ci-contre).

 

Molière
Les Femmes
savantes

À lire :
Acte III sc. 3

 

Passons au cinéma !

L’un des premiers films qui m’ait véritablement enchanté est la Femme modèle de Minnelli.

De cette comédie truculente, il faut garder les délicieuses joutes verbales entre Lauren Bacall et Gregory Peck.

  Le cinéma

Vincente Minnelli
Designing Woman
1957
 

Pendant l’adolescence également, j’ai vu l’Homme qui en savait trop de Hitchcock, où j’ai pleuré au moment où la mère, chantant l’air « Que será, será », retrouve enfin son petit garçon qui avait été kidnappé.

  Alfred Hitchcock
The Man who
Knew too Much

1956
 

Encore plus ému j’ai été en voyant le film Europe 51 de Rossellini. C’est l’histoire d’une femme qui, après le suicide de son enfant, décide de changer de vie et de s’ouvrir à la détresse des autres, au point de se sacrifier elle-même et de parvenir à une bonté profonde. Mais son mari et sa famille vont finalement l’en empêcher, en l’internant dans un asile psychiatrique. Ingrid Bergman est bouleversante dans ce rôle.

  Roberto Rossellini
Europe 51
1951
 

Un autre film de Hitchcock que j’ai beaucoup aimé – celui-ci davantage dans le genre de la comédie – c’est Une femme disparaît, où l’humour et même la drôlerie alternent savamment avec le suspense.

L’intrigue, qui débute par la description de petits faits banals, va déboucher petit à petit sur une affaire d’espionnage.

  Alfred Hitchcock
The Lady Vanishes
1938
 

J'ai vu Maurice bien après sa sortie en salle, mais, lorsque je l'ai vu, cela a été une véritable révélation.

C'est par ce film que j'ai acquis petit à petit ma propre liberté.

  James Ivory
Maurice
1987
 

En 1993, le Val Abraham d'Oliveira m’a beaucoup plu par le maniérisme subtil de sa mise en scène.

Leonor Silveira est extraordinaire dans le rôle principal d’Ema. Je garde gravée dans ma mémoire l’émotion que me suscitait dans ce film l’extrême beauté de son visage.

  Manoel de Oliveira
Val Abraão
1993
 

Dans les Roseaux sauvages, les héros conquièrent également leur propre liberté de penser puis d'agir, en dépassant les obstacles qu'ils trouvent en eux-mêmes d'abord, puis chez les autres.

  André Téchiné
Les Roseaux sauvages

1993
 

L’Émigré de Youssef Chahine est un très beau film. Par delà la reconstitution de l'Égypte ancienne, c'est un hymne à la tolérance et à l’acceptation des autres cultures.

  Youssef Chahine
المهاجر
Al-Mohagir

1994
 

Adieu ma concubine est un film que j'ai vu une bonne vingtaine de fois. J'y ai trouvé mon goût pour la Chine et pour les costumes anciens. Mais l'histoire est plutôt désespérante.

  Chen Kaige
霸王别姬
Bawangbiejie

1993
 

Le film Trois Couleurs – Bleu promeut l'espoir malgré la mort des proches.

  Krzysztof
Kieslowski
Trois Couleurs
Bleu

1993
 

Meurtre mystérieux à Manhattan est un film qui pétille de vie !

  Woody Allen
Manhattan
Murder Mystery

1993
 

My beautiful Laundrette s'attaque à toutes les intolérances, à tous les racismes.

  Stephan Frears
My Beautiful Laundrette
1985
 

Beaucoup de bruit pour rien ? Mais un beau film en hommage à la joie de la vie.

  Kenneth Branagh
Much Ado
about Nothing

1993
 

Une Femme sous influence soulève le problème de la différence dans une société intolérante face à tout comportement déviant.

  John Cassavetes
A Woman under
the Influence

1975
 

La gaîté et la fantaisie au rendez-vous dans Peau d’âne de Jacques Demy. La chanson de la fée des lilas (avec Micheline Presle) est un morceau d'anthologie.

 

Jacques Demy
Peau d'âne
1970

 

À découvrir : la finesse de l'humour dans Café et cigarettes de Jim Jarmusch.

 

Jim Jarmusch
Coffee and
Cigarettes
2003

 

Beauté de la mise en scène et des gestuelles (presque une chorégraphie parfois) dans In the Mood for Love de Wong Kar Wai.

  Wong Kar Wai
花样年华
Huayangnianhua

2000
 

À nouveau de l'humour dans le film uruguayen de Pablo Stoll et Juan Pablo Rebella.

  Pablo Stoll
Juan Pablo Rebella
Whisky
2004
 

Shortbus est un film à voir et à revoir pour apprendre à vivre sexuellement libre.

  John Cameron
Mitchell
Shortbus
2006
 

Parlons un peu d'art. Il me faut avant tout parler des gravures de mon père, Daniel Clochey. Elles ont sans nul doute influencé mon regard et ma façon d'être, non seulement par les formes représentées et le choix des couleurs, que j'aime et apprécie souvent beaucoup, mais aussi parce que chaque jour je les voyais petit à petit se dessiner à la pointe du burin ou du ciseau sur la plaque de cuivre ou de bois jusqu'à l'impression finale, au bout d'un processus minutieux et obstiné.

 

Arts

Daniel Clochey
Écrits en attente
1997

 

L'un des premiers tableaux par lequel mon regard a été attiré a été les Chasseurs dans la neige de Bruegel l'Ancien, dont j'adorais le contraste saississant entre la neige et les ombres des arbres ou des hommes.

  Bruegel l'Ancien
Chasseurs
dans la neige

1565

Kunsthistorisches
Museum

Vienne
  Mise en scène architecturale dans la Pietà de Botticelli.
  Sandro Botticelli
Pietà
1492
Alte Pinakothek
Munich
 

Une pose guère angélique pour l'Amour, dans ce tableau du Caravage.

  Le Caravage
L'Amour vainqueur
1601 - 1602
Staatliche Museen
Berlin
 

Des Mains priant qui vous donne envie de prier et d'espérer avec autant de ferveur.

  Albrecht Dührer
Mains priant
1508
Graphische Sammlung Albertina
Vienne
 

Un Jardin des délices dans l'anarchie du bonheur.

  Jérôme Bosch
Le Jardin
des délices

1503
Musée du Prado
Madrid
 

La brutalité de la mort, telle que la traduit Le Corps du Christ mort dans la tombe d'Holbein.

  Hans Holbein
le Jeune
Le Corps
du Christ mort
dans la tombe

1521
Kunstmuseum
Bâle
 

Voilà des ignudi bien inconvenants derrière la Sainte Famille.

  Michel Ange
Sacra Famiglia
1503 - 1504
Galleria
degli Uffizi

Florence
 

Force de cette mise en scène presque mysticiste dans cette rencontre entre Saint Martin et le mendiant du Greco.

  Dominikos
Théotokopoulos
Saint Martin
et le mendiant

1597 - 1599
National Gallery of Art
Washington
 

Simplicité du geste et des couleurs dans La Femme à l’ombrelle de Maillol.

  Aristide Maillol
La Femme
à l'ombrelle

1895
Musée d'Orsay
Paris
 

Regards en coin des Raboteurs de parquet de Caillebotte.

  Gustave
Caillebotte
Les Raboteurs
de parquet

1875
Musée d'Orsay
Paris
 

L'espace vide qui en même temps nous appelle et nous terrifie.

  Richard Estes
Canadian Club

1974
 

Un exemplaire de la statuaire grecque, où l'humain est bien toujours au centre de toute création.

  Antinoüs
 

La singularité de chaque être vivant dans Le Chat de Giacometti.

  Alberto Giacometti Le Chat
 

Sur la place de la Seigneurie à Florence qui allie sculpture, architecture et urbanisme, David et Hercule imposent, par leur nudité provoquante, la vision de cet optimisme humaniste.

  Piazza
della Signoria
Florence
Italie
 

C'est un peu la même vision que l'on peut retrouver dans la villa Hadriana à Tivoli. Mais, à cette époque, la sérénité, l'ataraxie, n'était encore troublée par aucun souvenir chrétien et se déployait dans toute sa douceur.

  Villa Hadriana
Tivoli
Italie
 

En ce qui concerne l'architecture, c'est Versailles que j'ai toujours beaucoup aimé. L'intérieur du palais me plaisait particulièrement avec sa décoration luxuriante, débordante. Le parc me subjugue aussi avec sa symétrie maniaque et son étendue à perte de vue.

  Château
de Versailles
 

À Rome, j'étais captivé par les proportions proprement vertigineuses de la voûte et l'ensemble architectural de Saint-Pierre, où le regard ne sait où se poser perdu dans l'immensité de l'espace.

  Saint-Pierre
Rome
Italie
 

C'est peut-être une impression du même genre que l'on éprouve devant l’Arche de la Fraternité à la Défense. Là, les yeux sont désorientés par la pureté des lignes et l'on s'interroge : cette porte monumentale vers où nous conduit-elle ?

  Arche
de la Fraternité
La Défense
Paris
 

J'aime dans le quartier Antigone à Montpellier cette volonté d'essayer d'unir le passé au présent : le monde grec, les souvenirs architecturaux du « Grand Siècle » et les fonctions bien présentes d'un immeuble moderne.

  Quartier Antigone
Montpellier
 

Quelques mots sur les voyages.

À Appias Vallée française, en Lozère, c'est une maison merveilleuse entourée d'une nature presque sauvage que je retrouvrais chaque année pour mes vacances d'écolier et de collégien. Là-bas je goûtais une liberté presque sans bornes au milieu de la forêt et des prés.

  Appias
Vallée française
1973 - 1983
 

À Cannes et sur la Côte d'azur, où ma grand-mère nous a emmenés, ma sœur et moi pour plusieurs séjours, c'est surtout la Méditerranée qui m'enchantait.

  Cannes
1980
 

Comme à Strasbourg le long de la cathédrale, mais à plus grande échelle à Paris, j'étais fasciné par ces espaces vides, gigantesques, qui s'ouvrent au regard.

C'est surtout en 1986 (j'avais seize ans), lors d'un voyage solitaire, que je suis tombé amoureux véritablement de cette ville, « ma » ville.

  Paris
1986
 

En 1988, j'ai effectué deux séjours en Italie, l'un dans la moitié nord de l'Italie, puis l'autre à Rome.

C'est un pays d'une richesse culturelle inouïe où l'art fourmille de partout.

  Italie
1988
 

J'habite depuis 1995 en Grèce et j'ai donc fait plusieurs voyages dans différentes régions.

Mais c'est le Péloponnèse que je mentionnerai maintenant : là-bas, il s'agit de paysages arides et souvent rocailleux qui, dès qu'une source apparaît, s'égaient d'un platane à l'ombre rafraîchissante.

  Péloponnèse
Grèce
2000
 

En Chine, c'est vraiment la découverte d'un nouveau monde qui attend le voyageur, bien que ce soit une très vieille civilisation, aussi ancienne que la grecque.

Mais j'ai été aussi particulièrement ému en voyant à Pékin de tout jeunes ginkgo biloba (银杏) avec leurs feuilles en éventail d'un vert vif au printemps et d'un jaune impérial en automne.

  Chine
2005
 

Ce qui frappe aussi en Chine, c'est la foule, la multitude d'êtres humains qui déambulent dans les rues, partout.

  Chine
2005
 

En Turquie, où je suis déjà allé deux fois, on trouve un pays qui ressemble à la Grèce culturellement, mais qui a davantage gardé l'héritage ottoman dans le paysage de ses villes. Cela les rend souvent paradoxalement plus proches des villes occidentales où coexistent côte à côte le présent et le passé.

  Turquie
1999 & 2006
 

Istanbul est une ville littéralement enchanteresse, digne des Mille et une nuits, où le voyageur ne peut rester indifférent devant tant de beauté.

  Turquie
1999 & 2006